Wake me up

Mon inbox déborde. Mon téléphone ne dérougit pas.

Pendant un bref instant, j’me suis demandé si j’étais dans l’buzz, si ma carrière venait de lever d’un cran. Et puis je me suis rappelé qu’on était en février, le Mois de l’histoire des noirs.

Le fameux mois où NOUS allons mettre de la pression sur EUX pour qu’EUX puissent parler de NOUS qui parlons de NOUS entre NOUS…

Ouf, ouais, c’est étourdissant.

En fait, quel est le résultat recherché ? Car quoi qu’il soit, je sens et j’entends dire par tellement d’autres noirs comme moi qu’il semble avoir inéquation.

 

J’ai été porte-parole du Mois de l’histoire des noirs.

Et j’peux vous dire que c’est une sacrée équipe qui travaille, au Québec, à lui rendre justice.

Du bon monde assidus, sincères, qui mettent le paquet, qui réfléchissent et qui ont de bonnes et justifiables intentions.

Cependant, quand on fait le bilan, à la fin du mois, de l’année, de chaque année, force est d’admettre que si l’intention est bonne dans cette causalité, il doit y avoir une donnée quelque part qui déroute le résultat entre l’action et la réaction.

 

“ Alors Jenny, est-ce encore pertinent de célébrer le Mois de l’histoire des noirs ? ”

Oui. Car entre exister aux yeux des autres seulement en février et ne pas exister du tout, la réponse est évidente.

Or, à mon humble avis, l’idée ne devrait pas être de s’en accaparer et d’en faire notre Mois-Ghetto mis en lumière dans le calendrier, notre éternelle marge existentielle !

L’action devrait être à l’image de la colonisation qui nous l’impose et étendre ses frontières, que son résultat reprenne la place qui lui revient de droit vers ladite égalité sociale, économique et culturelle.

 

Je ne vais certainement pas utiliser ce bref instant annuel pour chialer et reprocher.

Je ne blâme personne. Je ne pointe personne du doigt.

Bien au contraire et très sincèrement, sans fausse flatterie, j’applaudis tout le boulot et les efforts de l’équipe de La table ronde du mois de l’histoire des noirs.

Je ferai partie de ceux qui iront aux événements proposés et de ceux qui tourneront le follow spot vers mes compatriotes en marche vers l’excellence.

J’irai sûrement au Gala Dynastie, ne serait-ce que pour dire encore “ Nous sommes ensemble ! Nous croyons en nous ! Nous nous reconnaissons ! Nous pouvons ! ”

Pour une fois que nous n’utilisons pas la plateforme qui nous est offerte ou que nous prenons nous-mêmes pour nous positionner en victimes. smh

Mais j’attends la révolution.

Car si le grand Martin Luther King avait un rêve, il est temps, 50 ans plus tard, que nous acceptions la responsabilité de devenir son éveil ! Nous sommes ce rêve qui se matérialise ! On ne peut plus répéter l’histoire, on doit la développer, la faire évoluer !

Nos enfants nous regardent et ils commencent à la trouver plate et redondante, l’histoire. On doit absolument faire en sorte qu’ils n’oublient pas comment rêver debout ! Comment garder les yeux et l’esprit ouverts, comment agir, comment faire naître l’intention qui glorifie et marche vers le résultat.

 

Le rêve, ce n’est pas le combat ! C’est son résultat, sa victoire !

J’ai hâte au jour où ils entendront parler d’eux-mêmes au présent, à tous les mois de l’année, au-delà du “ nous étions ” et du “ nous pourrions être ”. Au delà du “ nous combattons, nous devrions être ” !

Que cette célébration n’évoque plus le vague goût amer de la résignation et du contentement.

If he had a dream, I am the dream…pour lequel les enfants de Martin Luttèrent.

Wake me up.

 

Jenny Salgado

 


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